Un petit con de première

20/02/2019

la consigne: Un ado détestable. Une première séquence présente "le monstre" dans l'établissement scolaire. La seconde scène nous le montre chez lui. Et on comprend pourquoi le gamin est ainsi. (13 février 19) (Temps imparti: 10 mn)

1- À la porte du collège

Hé Marie! Oh, Marie ! T'as fais le devoir de maths? Vas-y, réponds-moi bouffonne, je vais pas te bouillave ! Ouais, c'est ça, casse-toi, sale pute ! Ah, Rémi ! Hé, Rémi, viens-là. Zyva, me fais pas répéter deux fois. Quoi, pour quoi faire ? Tu verras bien, allez magne-toi ! Putain, t'es trop, on dirait que je te fais peur. C'est ça, je te fais peur ? Arrête, tu vois bien que je suis cool. Dis, tu l'as fait ton devoir de maths ? Ouais ! Et ben, fais-voir. Si, fais-voir, moi j'ai pas eu le temps. Toutes ces histoires de traction à un inconnu... ouais, de fractions, c'est pareil. Allez, montre, c'est pas un secret. Oh, ça va, toi, de toute façon, tu l'auras ta bonne note. Et moi, ça va relever un peu ma moyenne. Non mais, c'est une salope, la prof, elle me file que des bulles. Elle peut pas me saquer, c'est pour ça. Ouais, t'as raison, elle est sévère. Au fait, t'as pas un peu de thunes ? Quoi, pour quoi faire ? Pour acheter des clopes, hé ducon, pas pour aller aux putes. Mais, non, t'es pas fauché, tu rigoles. Avec tes pompes en croco et ton blouson de cuir, t'es un rupin, gros ! Ah ouais, un putain de rupin bourré aux as. Tu peux bien partager un peu. Allez, fouille tes poches. Tu vois, t'as un bifton, là. Et alors, c'est tout ce que tu as ? C'est pas grave, tu me le file, je te rendrais la monnaie. T'as pas confiance ? C'est ça, t'as pas confiance ? Ah ouais, d'accord, je vois le genre. Bon, allonge, m'oblige pas à te frapper. File, je te dis. Oh, ça va, tu vas pas pleurnicher pour un petit billet de rien du tout, t'en auras d'autres. Ouais, c'est ça, retourne en cours. Oh, attends, c'est quoi, ça ? Une médaille!? Ouais, c'est joli, c'est du jaune ? Qui ça ? Saint Christophe, connais pas. Mais, on s'en fout du gugusse, c'est de l'or, ton bibelot. Et ça pèse lourd. Tu me le donnes ? Et alors, des communions, t'en feras d'autre et puis c'est tout. Hé, tu sais ce qu'ils disent les curés: "Dieu est amour et partage". Alors, on partage. Moi, je prends la médaille, toi tu gardes le collier. Mais, lâche ça, putain, tu vas le casser. Tu préfères que je t'en colle une ? Voilà, on partage et c'est tout. Mais, oui, bien sûr, va pleurer ta mère, gonzesse. Allez, casse-toi, tu me gonfles, j'aime pas les chouineuses. Casse-toi, je te dis. Hé, Kévin ! Oh, Kévin ! C'est ça, fais comme si tu m'avais pas entendu, sale con. Attends la récré, toi, tu vas voir. Non, mais t'as vu ça, Julien ? ...Reste là, Julien. T'as vu ça comment il nous snobe le Kévin ! Même pas un bonjour, que dalle. C'est bien encore un fils de pute, celui-là. Hein, il a peur ? ...Peur de quoi ? Oh, je vais pas le frapper, quand même, je suis pas un monstre. Il mériterait que je lui casse la gueule, ce petit bourge de merde. S'il est pas cool, c'est normal qu'il se prenne des coups. Moi, les gens sympas, je suis sympa avec eux. Tiens, toi, Julien, par exemple, je suis cool avec toi ? Si, vas-y, tu peux le dire, je t'emmerde pas, je t'ai jamais frappé... Une fois, oui, mais c'était y a longtemps... Et puis, c'est oublié, hein, que c'est oublié. Et tu sais pourquoi ? Parce que je t'aime bien, toi, t'es un pote. Tu m'écoutes, tu me comprends et tu sais qu'il ne faut pas me contrarier. Sinon, ça me fout pétard, c'est normal. Tiens, tu sais quoi, je vais me mettre à coté de toi, en classe, on va bien se marrer.

2- Retour du collège

C'est vraiment un con, le Julien. J'aime pas ces mecs égoistes qui refusent de prêter leurs petites affaires. Ça va, j'allais pas lui bouffer sa gomme ! S'il n'avait pas gueulé comme un veau, parce que je me servais dans sa trousse, jamais je lui aurai collé mon poing sur le nez. Et cette connasse de prof m'aurait pas foutu à la porte. Moi, je dis, l'école, c'est quand même un petit moment de liberté. On peut être enfin soi-même, libéré pour quelques instants de l'emprise familiale. En fait, je m'y sens tellement à mon aise que, le soir, je peine à retrouver le cocon familial. C'est pour ça, que tous les soirs, je traîne en ville, une ou deux heures, avant de rentrer à la maison. Mais, quelque soit le moment où je rentrerai, je sais que, sur le perron, papa est là. Et il m'attend. C'est à la couleur de son fond de l'œil que j'estime le climat de la soirée. S'il a l'œil qui brille, c'est qu'il a bu un coup. Et que ça va chier. S'il a le regard éteint, c'est qu'il a bu beaucoup. Ça va être pire. On ne sait jamais sur quel pied danser. Moi, j'ai beau lui rapporter des petits souvenirs à mon papa -regarde, un billet tout neuf. Là, le sac d'une meuf. Ici, une médaille de Saint Chose- mais, rien ne semble le contenter. Je ne vois que son gros œil qui me dévisage et la bave qui coule au coin de sa bouche pâteuse. Dans sa main droite, il agite son ceinturon à clous.

- Approche, mon grand, et ne prends pas cet air de chien battu, je vais pas te manger. T'as quoi dans ton sac ? Tes cahiers d'école, bien sûr, mais qu'il est con, je suis pas aveugle. Je vois bien que tu n'es pas passé par l'épicerie. Et mes litrons, tu crois qu'ils vont venir tout seuls, sac à merde. Bon, allez, entre, faut qu'on discute.

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