Tu me fonds le cœur !

24/12/2018

> Le personnage paradoxal

La consigne: Intégrez un personnage contradictoire à une situation de groupe.

(Temps imparti = 10 minutes) - Scène dialoguée - Octobre 2018

Ils sont quatre autour du tapis vert. Derrière les grandes baies vitrées, les lumières de Végas illuminent la nuit. La vieille dame abat sa carte, une dame de cœur, évidemment !

  • - Pierrot... tu me fends le cœur... Tu piges ? Tu me fends le cœur !
  • - Ah oui, ça me dis quelque chose... j'ai vu ça dans un film !
  • -Lâche la peloche, Pierrot... t'as du cœur, oui ou merde !?
  • - Évidemment, Thérèse, tu me connais, répond le barbu
  • -Alors, vas-y, mets-le sur la table. Putain, je vais pas jouer à ta place !
  • - Hé, ho, les vieux, c'est pas bientôt fini ? interrompt le type à chapeau claque. On ne joue pas à la parlote
  • -Qu'est-ce qu'il nous chouine le vieux Rotschild, réplique la vieille femme. T'as peur d'y laisser des plumes ? C'est pas une petite partie qui va te mettre sur la paille
  • - Il n'a pas vraiment tort, tempère son équipier. On n'a pas le droit de faire des annonces, sinon, c'est de la triche !
  • -Oh, ta gueule Pierrot. Je te rappelle que j'en ai besoin de ce pognon, moi. Sinon, mes petits mendigots vont encore claquer du bec
  • - Toujours votre projet de petit restau à Calcutta, mère Térésa ? questionne le jeune homme au complet gris.
  • -Restau, restau... c'est un bien grand mot. Si déjà j'arrive à ouvrir une cantine, ça sera pas si mal. Hé, c'est qu'ils ont grave les crocs, mes biafrais ! Allez, joue mon Pierrot, on va leur foutre une bonne raclée aux richards.
  • -Oh, mais, parlez pour vous, mère Térésa, s'insurge complet veston, visiblement choqué. Bon, concernant Jacob, je dis pas, il a passé la date fraîcheur, mais moi... j'ai à peine la cinquantaine ! C'est pas si vieux que ça !
  • - Cinquante et un, Manu. J'ai maté ta fiche sur Wikipédia, alors essaie pas de me la faire à l'envers !
  • - Laisse Manu, tu vois bien qu'elle déraille, rassure chapeau claque en s'allumant un sixième havane. À force de bourlinguer d'un taudis à l'autre, elle n'a plus toute sa tête, la vieille toupie.

  • - Oui, bah, en attendant, c'est pas moi qui ai inventé les subprimes, mon vieux rupin. Si tu nous avais pas foutu ton krach boursier sur le dos, on serait peut-être pas obligés de gratter trois roupies sur le tapis vert.

  • -Non mais écoute-la, Manu. C'est de cinq millions de roupies qu'elle veut nous enfiler, oui !

  • - Tu sais, Roro, cinq millions de roupies ça fait toujours que 70 000 dollars. Et encore, j'arrondis le taux de change. Pour le petit personnel

  • -C'est vrai que t'as bossé chez Lazard, toi... Tu connais la tambouille ! Lève-toi et en marche !

  • - On va pas en chier une pendule, mon Roro, c'est pas la merde à boire

  • -Peut-être, mais moi, ma banque, c'est pas un organisme de charité. Alors, si elle veut du flouze, elle n'a qu'à jouer la madone des bidonvilles.

  • - Et je vais me gêner le youpin, tiens... On va te ratisser grave. Oh, putain, mais qu'est ce tu branles, Pierrot ? Je te demande du cœur, tu m'fourgues du pique. T'as plus la tête dans le béret ou quoi ? Tu vas nous plomber !

  • -Oh mince ! Désolé, je... j'ai confondu !

  • - Je te dis, Macouille, c'est un vioque, à moitié miro, le barbu, s'amuse le banquier entre deux volutes de havane. Ça m'étonne plus qu'il confonde les supermarchés avec ses chiffonniers. Et ça se veut maousse !

  • -Hé, ho... que celui qui n'a jamais péché lui jette l'abbé Pierre... hi, hi, hi

  • - C'est ça, fous-toi de sa gueule, le Manuche. Ah, c'est facile pour toi, t'as tout un pays à ta botte. Si tu perds, tu augmentes les impôts et basta, tu te refais l'ardoise en moins de deux. Mais, nous, faut qu'on turbine pour ramasser la quincaille, on n'a pas le cul sur le trône, à aspirer les pécadilles !
  • - Oh, ne croyez pas ça, madame Térésa. Ce n'est pas aussi simple que...
  • C'est ça, prends-moi pour une bille, je t'ai déjà vu à l'œuvre. Taxes sur le diesel, radars routiers, suspension des allocs sociales... Tout est bon pour sucer le bonbon ! Allez, tiens, belote et re... Oh, tu me suis Pierrot ? Déconne pas, hein !
  • Heu... avec le valet, ça peut le faire Thérèse ?
  • Bien vu le béret... T'es pas qu'un con, toi !
  • Attends, c'est quoi l'embrouille ? Y avait encore de la valetaille dans le jeu ? Purée, je l'ai pas vu venir le goy... Ils vont nous rincer les broute-misère. Bon, allez, lâche l'affaire Manu, on se couche !
  • - Hé, hé, petits joueurs. Par ici, envoyez la némo ! ...Trois, quatre, cinq. Cinq patates, le compte est bon. Ça va me regonfler la tirelire, ça !
  • - Attends, Térésa... On avait pas dit, fifty-fifty ?
  • - Quoi ? Qu'est ce qu'y bave la Guépière... tu les a déjà tes locaux, toi ! Les Emmaüs, tout le barda, c'est bon, ça roule tout seul. Alors que moi, avec les enturbannés, j'ai encore du pain sur la planche. Ça va, tire pas la tronche ! ...Tiens, promis, la prochaine partie, c'est que pour ta gueule.
  • - Dans ce cas, ce sera sans moi, les amis. Je dois y aller,  Brigitte m'attend !
  • - Attends Manu, non mais t'as vu comme elle nous a filouté, la cul-bénite !? Ça va me faire un trou dans la caisse, ça ! J'sais pas comment je vais l'annoncer aux actionnaires.
  • - Permettez, monsieur Rouchilde, s'excuse l'abbé... vous n'êtes pas vraiment dans le besoin, vous !
  • -Oh, écrase Hiver 54 ! Va distribuer tes tartines et lâche-moi la grappe. Et toi, mon Manuche, qu'est-ce tu vas faire maintenant ? Ça va te faire comme un vide dans la colonne recettes ! Parce que, forcément, on partage les pertes !
  • - Bof, moi, je vais annoncer une petite réforme fiscale. Soixante millions de gugusses à un euro la tête... je rentrerai vite dans mes frais !
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